Bien choisir sa revue de publication, c’est éviter les éditeurs douteux !
Le développement de l’Open Access a modifié les pratiques de communication et de publication scientifique. INRAE, en cohérence avec son engagement de promotion des principes de l’intégrité scientifique invite les chercheurs de l’Institut à faire preuve de vigilance envers certains éditeurs ayant des pratiques peu vertueuses et parfois franchement douteuses.
Plus difficiles à détecter que les éditeurs prédateurs, les éditeurs « gris » ou « douteux » sont néanmoins très nuisibles pour la recherche en diffusant des revues de faible qualité en Open Access avec un coût d’APC (Article processing charges) souvent modéré. Ces revues couvrent de nombreux domaines scientifiques et touchent largement les différentes communautés scientifiques. Le démarchage massif auprès des chercheurs (invités avec insistance à publier dans ces journaux ou à réaliser des analyses de manuscrits dans des délais très courts) se traduit par un nombre important de publications, permettant ainsi à ces revues d’intégrer des bases de données de référence et d’afficher un facteur d’impact parfois élevé. Cette stratégie très offensive permet avant tout à ces éditeurs d’augmenter leur chiffre d’affaire, parfois au détriment de la qualité des procédures de validation et de l’information scientifique qu’ils diffusent.
Quelles conséquences pour les chercheurs ?
La publication est un acte inhérent à la pratique de la recherche. Le chercheur est libre de choisir le mode de diffusion de ses résultats. Néanmoins, la publication doit être menée dans le strict respect des principes d’intégrité scientifique. Des pratiques telles que la publication d’un article non/mal validé par les pairs ou encore la multiplication des publications pour obtenir un financement ou étoffer son curriculum vitae portent à terme préjudice à la réputation et à la crédibilité du chercheur et de son institution. Ce type de pratique est susceptible de dériver vers une mauvaise conduite en recherche. De plus, la rédaction, la révision, la relecture, les frais de publication, la consultation bibliographique, l’archivage documentaire sont coûteux pour les institutions de recherche publique. En publiant dans des revues douteuses, les chercheurs entretiennent ce système, alors que l’argent public ne devrait pas être utilisé pour promouvoir et financer de telles revues. La prise de conscience de ce phénomène au niveau des établissements d’enseignement supérieur et de recherche et des agences de financement de la recherche amène à faire évoluer les critères d’évaluation individuelle et collective et de fait, publier dans une revue ayant un comportement douteux ne peut être conseillé.
Quelles conséquences pour les revues intègres ?
En pratiquant des délais de publication très courts et des prix d’APC très attractifs pour les chercheurs, ces éditeurs peu vertueux exercent une concurrence forte et parfois déloyale vis-à-vis de revues de qualité. Les processus de validation des contenus scientifiques par les pairs sont essentiels à la crédibilité des résultats publiés, et requièrent du temps et de la disponibilité pour pouvoir être réalisés dans de bonnes conditions. La survie à terme de certaines de ces revues intègres est menacée.
Comment évaluer la crédibilité d'un éditeur et sa revue ?
Afin que les chercheurs puissent estimer rapidement le degré de fiabilité d’un éditeur, des outils simples ont été développés. Lancé en 2015, le site Think Check Submit, créé par des acteurs majeurs de la communication scientifique, propose un rapide questionnaire en 3 étapes. Pour approfondir cette estimation, il existe l’outil numérique Compass To Publish développé en 2020 par l’Université de Liège, ou encore la Grille d’évaluation de l’Université du Québec. Enfin, l’InterAcademyPartnership propose dans son dernier rapport sur les conférences prédatrices, un spectre de fiabilité permettant d’évaluer de manière moins binaire (prédateur/non prédateur) la fiabilité d’un éditeur (cf. ci-dessous) [1].
Il ne faut pas non plus hésiter à échanger et à partager des retours d’expériences entre collègues. C’est aussi une manière d’obtenir des informations pour décider du choix d’une revue de publication.
Au sommaire de cette fiche
- Quelles conséquences pour les chercheurs ?
- Quelles conséquences pour les revues intègres ?
- Comment évaluer la crédibilité d’un éditeur et sa revue ?
- Le cas MDPI
- Recommandations
- Pour en savoir plus